Clarinette jazz
Klezmer, musette, New Orleans, swing : aucun autre instrument ne circule entre autant de répertoires vivants. C’est ce qui en fait le musicien des événements où plusieurs cultures se croisent.
DEMANDER UN DEVISIl existe un instrument capable de jouer une hora de mariage juif, une valse musette, un thème de La Nouvelle-Orléans et un mouvement de Mozart, sans que le musicien change quoi que ce soit à son matériel. C’est la clarinette, et c’est la seule dans ce cas. Là où la plupart des instruments appartiennent à un répertoire, celui-ci circule entre des mondes musicaux que rien d’autre ne relie aussi naturellement, ni aussi facilement.
Sur un événement, cette particularité vaut de l’or. Un mariage où deux familles n’ont pas la même culture, une soirée d’entreprise avec des invités venus de plusieurs pays, une fête de village où les générations ne dansent pas sur la même chose : le clarinettiste passe d’un univers à l’autre en cours de soirée, sans que personne ait l’impression d’assister à un changement de programme annoncé. Le fil de la soirée reste le même.
On l’oublie souvent, mais la clarinette est l’instrument fondateur du jazz. Dans les fanfares de La Nouvelle-Orléans, elle jouait la ligne la plus aiguë, celle qui tourne autour de la mélodie et la décore. Sidney Bechet et Benny Goodman en ont fait un instrument de vedette avant que le saxophone prenne toute la place dans les années quarante. Ce passé lui donne aujourd’hui une saveur immédiatement datée, au bon sens du terme.
Le son lui-même explique le reste. C’est du bois, pas du métal : rond, chaud, sans aucune agressivité, même joué fort. Et son étendue dépasse celle de tous les autres instruments à vent, du grave velouté qui passe sous une conversation jusqu’à l’aigu qui perce un orchestre entier. Un clarinettiste peut donc accompagner un dîner à voix basse puis mener une piste de danse une heure plus tard, avec le même instrument et sans rien ajouter.
Klezmer, musette, New Orleans, balkanique, classique : un seul musicien couvre des répertoires que rien d’autre ne rassemble. Précieux quand plusieurs cultures se croisent dans la même salle.
Le timbre reste rond et chaud même dans les nuances fortes. Aucun invité ne se plaint qu’une clarinette lui fasse mal aux oreilles, ce qui n’est pas vrai de tous les vents.
L’instrument se démonte en cinq parties et tient dans un bagage à main. Le clarinettiste monte n’importe quel escalier, joue debout, assis, ou en marchant dans un cortège.
Chacun des mondes que traverse la clarinette correspond à un type d’événement précis, avec ses codes et ses attentes. Un cortège de bar-mitzvah n’a rien à voir avec un cocktail Gatsby, ni avec un bal de village. Ces quatre familles couvrent l’essentiel de ce pour quoi on réserve un clarinettiste, et elles se combinent souvent.
Il arrive aussi que la demande porte moins sur un type d’événement que sur une musique précise : un vernissage aux accents d’Europe de l’Est, une lecture en médiathèque, une cérémonie interreligieuse, un spectacle jeune public. Dans ce cas, dites simplement quels répertoires vous aimeriez entendre, même approximativement. Cela suffira aux clarinettistes concernés pour vous répondre.
La clarinette s’associe différemment selon le répertoire visé. Avec un accordéon elle part vers le musette, avec une trompette vers le dixieland, avec une guitare manouche vers le swing français. Le partenaire compte donc autant que le nombre de musiciens, parfois davantage. Ces quatre associations reviennent régulièrement dans les demandes que reçoit le collectif.
Le duo le plus français qui soit. Ces deux instruments se partagent la mélodie et l’accompagnement sans avoir besoin de rien d’autre, ni basse ni percussion. Ils tiennent un bal de village entier, une noce à la campagne, un repas d’association. Entièrement acoustiques tous les deux, ils entrent dans une salle sans matériel ni installation.
Clarinette, trompette et trombone, avec ou sans banjo et contrebasse. Les trois souffles improvisent ensemble au lieu de se relayer, ce qui donne au dixieland sa densité si reconnaissable. Cette formation se déplace en marchant et convient aux cortèges, aux accueils d’invités et aux soirées à thème années vingt ou trente, en intérieur comme en plein air.
Avec une section rythmique classique, piano, contrebasse et batterie, la clarinette occupe la place du soliste principal comme le faisait Benny Goodman. Le répertoire glisse alors vers le swing des années trente et quarante, très dansant. C’est la formule qui couvre le mieux une soirée complète, du cocktail d’accueil jusqu’à la toute fin du bal, sans changement d’équipe.
Duo avec un pianiste pour un dîner feutré, trio klezmer avec violon et accordéon, clarinette seule pour une cérémonie de quelques minutes, ou ajout ponctuel à une formation déjà réservée. Indiquez les répertoires qui comptent pour vous : chaque clarinettiste se positionnera ensuite selon sa spécialité et selon les partenaires avec qui il joue d’ordinaire.
Ce qui frappe dans les demandes concernant cet instrument, c’est leur diversité. Aucun autre musicien du collectif ne reçoit des sollicitations aussi éloignées entre elles, d’une synagogue à une salle des fêtes en passant par un rooftop parisien. Les six profils ci-dessous donnent une bonne idée de cette amplitude assez peu commune dans le métier, et de ce qu’elle permet.
Bar-mitzvah, mariages, fêtes religieuses : ils cherchent quelqu’un qui connaisse vraiment le répertoire, pas une approximation. Le clarinettiste klezmer est recommandé de famille en famille, bien avant qu’une recherche soit lancée. La confiance passe ici par le bouche-à-oreille des familles.
Deux familles, deux traditions, parfois deux langues. Ils veulent que personne ne se sente étranger à la musique de la journée. Un clarinettiste capable de passer d’un répertoire à l’autre règle ce problème mieux qu’une playlist négociée entre les deux camps.
Gatsby, années folles, cabaret, guinguette : la clarinette est le marqueur sonore immédiat de ces univers. Les agences la réclament parce qu’elle situe une époque en quelques notes, ce qu’aucun décor ne fait aussi vite ni aussi sûrement, à lui tout seul.
Bals du village, thés dansants, fêtes des voisins et repas de club du troisième âge fonctionnent sur le répertoire musette. Un duo clarinette-accordéon y remplit une salle entière sans budget de sonorisation ni la moindre régie technique à financer en amont.
Programmateurs de saisons culturelles et de festivals de musiques du monde apprécient un musicien qui traverse les esthétiques. Une même soirée peut alors relier klezmer, swing et musiques balkaniques sans jamais paraître décousue aux oreilles du public venu écouter ce soir-là.
Le registre grave de la clarinette convient parfaitement aux fins de journée. Le musicien y joue en duo avec un pianiste, à un volume très bas, dans un répertoire de standards que les clients reconnaissent sans toujours savoir les nommer.
Le matériel ne pèse presque rien dans une proposition. Une clarinette tient dans un étui de deux kilos, elle n’a besoin d’aucune alimentation et le musicien vient en train si le lieu est desservi. Ce qui compte, c’est le nombre de partenaires, la durée sur place et le répertoire demandé : préparer un programme klezmer authentique ne représente pas le même travail qu’enchaîner des standards que tout le monde connaît déjà. Ce point pèse davantage qu’on ne l’imagine.
Il existe une dépense invisible propre à cet instrument : l’anche. C’est une fine lamelle de roseau, fixée sur le bec, qui produit le son en vibrant. Elle s’use, se fend, réagit à l’humidité, et un professionnel en essaie plusieurs avant de retenir celle du soir. Une boîte représente une somme modeste mais réelle, renouvelée en permanence, et elle fait partie intégrante du métier. Personne ne la facture jamais séparément sur un devis.
Une clarinette froide ne joue pas juste. Le bois se contracte, la hauteur du son descend, et il faut une dizaine de minutes de souffle avant que l’instrument se stabilise. Un clarinettiste arrive donc toujours en avance et chauffe son matériel à l’écart, ce qui explique qu’il soit sur place bien avant l’heure convenue. Laissez-lui simplement un endroit discret pour le faire. Une pièce annexe, un couloir ou même une voiture suffisent parfaitement.
Le reste relève du bon sens. L’humidité ambiante joue sur l’anche, donc une prestation en bord de mer ou sous une tente en juillet demande un peu plus de marge dans les réglages. En revanche, contrairement aux cuivres, la clarinette n’impose pas de limite stricte de durée : un clarinettiste tient une soirée complète en aménageant simplement quelques pauses bien réparties dans le programme de la soirée. C’est un vrai avantage sur les formats longs.
Une bar-mitzvah à Paris, un mariage franco-polonais en Bourgogne et un thé dansant dans une commune rurale. Les trois personnes qui témoignent ci-dessous ont réservé le même instrument pour des raisons qui n’ont absolument rien en commun, et toutes soulignent exactement la même qualité, cette capacité à changer de monde musical sans prévenir personne.
Nous voulions du vrai klezmer, pas une imitation. Le clarinettiste connaissait les morceaux que mon père chantait enfant, et il a mené la hora pendant vingt minutes sans que la ronde s’arrête. Mes oncles en parlent encore aujourd’hui.
Ma famille est polonaise, celle de mon mari est du Sud-Ouest. Le clarinettiste a alterné toute la soirée entre des airs de chez nous et du swing, et les deux côtés ont dansé ensemble. C’était exactement ce que nous espérions.
Nos adhérents ont entre soixante-dix et quatre-vingt-quinze ans. Ils veulent des valses et des javas, rien d’autre. Le duo clarinette-accordéon a fait danser toute la salle pendant trois heures, sans une seule enceinte branchée.
Les questions portent moins sur la technique que sur le répertoire : jusqu’où va la polyvalence annoncée, faut-il un spécialiste pour chaque style, comment se prépare un programme qui mêle plusieurs univers. Les réponses ci-dessous traitent ces points, ainsi que le volume sonore et les conditions de jeu en extérieur, deux sujets pratiques qui reviennent souvent.
Pas tous au même niveau, et il faut être honnête là-dessus. Chaque musicien a un terrain principal, klezmer, dixieland ou musette, et une ou deux zones qu’il maîtrise moins. Précisez dès le départ les univers qui comptent pour vous : les clarinettistes dont c’est la spécialité se manifesteront, les autres non.
En amont, par un échange sur ce que chaque groupe d’invités attend. Le musicien construit ensuite une progression plutôt qu’un empilement, en cherchant les points de contact entre les répertoires. Certains morceaux appartiennent d’ailleurs à plusieurs traditions à la fois, ce qui facilite beaucoup les transitions.
Beaucoup moins qu’un cuivre, et son timbre en bois ne devient jamais agressif. Elle couvre confortablement une centaine de personnes sans amplification, davantage en extérieur ouvert. Dans le registre grave, elle descend assez bas pour accompagner un dîner sans gêner la moindre conversation.
Oui, avec deux précautions. Le froid fait baisser la justesse, donc le musicien a besoin de quelques minutes pour chauffer l’instrument avant de commencer. L’humidité, elle, agit sur l’anche. En pratique, un emplacement abrité et une arrivée un peu anticipée suffisent à régler les deux.
Les clarinettistes de jazz sont nettement moins nombreux que les saxophonistes, et ceux qui maîtrisent le klezmer ou le musette le sont encore moins. Pour une date d’été ou une fête religieuse, comptez plusieurs mois. Hors de ces périodes, les disponibilités restent bien plus ouvertes.
La clarinette se comprend mieux à côté des instruments qu’elle croise et des univers qu’elle traverse. Les pages ci-dessous rassemblent ses partenaires habituels, les formations où elle prend la première ligne, et les styles ou les ambiances qui l’appellent le plus souvent. Chacune de ces pages éclaire un aspect différent de son emploi en événementiel.