Culture • Histoire • Origines • Styles • Jazz en France
Le jazz a plus d'un siècle. Il est né dans un quartier de la Nouvelle-Orléans, a traversé l'Atlantique, s'est réinventé à chaque décennie et s'est imposé comme la musique universelle des événements de prestige. Ce guide culturel retrace cette histoire et explique pourquoi le jazz est aujourd'hui, encore et toujours, le choix naturel quand on veut que la musique soit à la hauteur de l'événement.
DEMANDER UN DEVISIl y a une question qui revient souvent quand on parle de jazz événementiel : pourquoi le jazz et pas un autre style musical ? Pourquoi pas la chanson française, la musique classique ou le folk ? La réponse n'est pas dans les préférences des organisateurs. Elle est dans l'histoire du jazz lui-même, dans la façon dont cette musique s'est construite et dans les propriétés qu'elle a développées au fil du temps.
Le jazz est la seule musique populaire qui soit simultanément accessible à tous et sophistiquée pour les connaisseurs. Autumn Leaves plaît à la fois à quelqu'un qui n'a jamais écouté de jazz de sa vie et à un musicologue spécialisé. Cette double nature n'est pas un accident : elle est le produit direct de cent vingt ans d'histoire au cours desquels le jazz a constamment absorbé ce qui l'entourait pour se réinventer sans jamais perdre son identité. Comprendre cette histoire, c'est comprendre pourquoi le jazz est aussi à l'aise dans un vin d'honneur de 30 personnes que dans un gala de 500 invités, dans un jardin de Provence comme dans un palace parisien.
Le jazz est né dans une ville qui n'aurait pas dû exister musicalement. La Nouvelle-Orléans du tournant du XXe siècle était le seul endroit aux États-Unis où plusieurs cultures musicales coexistaient dans une proximité physique suffisante pour se mélanger vraiment.
Les communautés afro-américaines apportaient le blues, né dans les champs de coton du Mississippi, et les chants de travail dont la force émotionnelle brute n'avait pas d'équivalent dans la musique européenne. Les créoles de couleur, éduqués à la française, apportaient une culture musicale classique et la maîtrise de la notation. Les fanfares militaires, héritées de la tradition européenne, apportaient les cuivres et la discipline du jeu collectif. Le ragtime, né du clavier américain, apportait la syncope et le groove. Dans le quartier de Storyville, ces quatre traditions se sont retrouvées dans les mêmes salles, jouées par les mêmes musiciens, pour les mêmes publics.
Ce que Buddy Bolden, puis Jelly Roll Morton, puis King Oliver et enfin Louis Armstrong ont inventé entre 1900 et 1920, c'est une musique collective basée sur l'improvisation : chaque musicien joue sa voix propre tout en écoutant les autres, dans un dialogue permanent qui crée quelque chose qu'aucun d'eux n'aurait pu produire seul. C'est ce dialogue improvisé entre les instruments, cette conversation musicale en temps réel, qui reste l'essence du jazz cent vingt ans après ses origines. Elle est aussi, non par hasard, la propriété qui rend le jazz le plus adapté à l'événementiel : un musicien qui improvise en écoutant ce qui se passe autour de lui est un musicien capable de s'adapter à n'importe quel espace, n'importe quelle ambiance, n'importe quel moment de la soirée.
Dans les années 1920, le jazz quitte la Nouvelle-Orléans et remonte vers le nord avec les grandes migrations afro-américaines vers Chicago et New York. Ce déplacement géographique produit une transformation musicale majeure : le jazz de la Nouvelle-Orléans, collectif et improvisé, rencontre les grandes formations orchestrales et devient le swing.
Duke Ellington, Benny Goodman, Count Basie, Glenn Miller : ces noms désignent les architectes du jazz qui va faire danser l'Amérique pendant deux décennies. Le big band, avec ses sections de trompettes, trombones, saxophones et sa section rythmique, est une invention de cette époque. Il répond à une demande précise : animer les grandes salles de danse où des centaines de personnes viennent danser le fox-trot, le charleston et le lindy hop chaque soir. La musique doit être puissante, régulière dans son tempo, entraînante. Le swing répond à toutes ces exigences et devient la musique populaire dominante aux États-Unis jusqu'à l'après-guerre.
C'est aussi dans ces années 1930 que le jazz traverse l'Atlantique. Louis Armstrong tourne en Europe. Duke Ellington y jouera plus tard. Les Européens, et en particulier les Français, découvrent cette musique américaine avec une fascination qui n'a pas d'équivalent ailleurs. Paris devient une ville de jazz : les clubs se multiplient, les musiciens américains s'y installent, et quelque chose d'inattendu se produit : un guitariste manouche de banlieue parisienne va inventer une forme de jazz qui n'appartient qu'à la France.
En 1934, à Paris, un guitariste de 24 ans cofonde avec le violoniste Stéphane Grappelli le Quintette du Hot Club de France. Son nom est Django Reinhardt. Ce qu'il est en train d'inventer n'a pas encore de nom, mais il deviendra le jazz manouche, et c'est une spécificité culturelle française sans équivalent dans l'histoire de la musique.
Django Reinhardt est né en 1910 dans une roulotte, en Belgique, d'une famille manouche itinérante. Il grandit dans les campements de la banlieue parisienne, apprend la guitare et le banjo dans la tradition musicale des Roms, et découvre le jazz américain sur des disques. À 18 ans, un incendie dans sa roulotte lui brûle gravement la main gauche : les deux derniers doigts sont définitivement paralysés. Il réapprend la guitare avec trois doigts, développe une technique unique qui produit un son reconnaissable entre mille, et forge un style qui emprunte à la musique tsigane d'Europe centrale, au jazz américain et à la tradition de la chanson française.
Le Quintette du Hot Club de France, formé uniquement d'instruments à cordes (guitares et violon, sans cuivres ni batterie), joue un jazz acoustique, virtuose et mélancolique que les Américains eux-mêmes n'avaient pas imaginé. Minor Swing, Nuages, Douce Ambiance : ces compositions de Django sont aujourd'hui parmi les titres jazz les plus joués au monde, et elles sont françaises. La guitare Selmer-Maccaferri, construite à Paris pour Django, reste l'instrument de référence de tout guitariste manouche. C'est pourquoi le jazz manouche occupe une place si particulière dans l'événementiel français : il est à la fois du jazz et de la culture nationale, à la fois universel et ancré dans un territoire précis.
À la fin des années 1940, une révolution silencieuse se produit dans les clubs new-yorkais, particulièrement au Minton's Playhouse de Harlem. De jeunes musiciens, Charlie Parker au saxophone, Dizzy Gillespie à la trompette, Thelonious Monk au piano, décident que le jazz ne doit plus être une musique de danse mais une musique d'art. Le bebop est né.
Le bebop est harmoniquement complexe, rythmiquement déroutant, délibérément inaccessible aux non-musiciens. Les tempos sont extrêmement rapides, les harmonies substituées, les mélodies labyrinthiques. C'est une musique faite pour être jouée et écoutée par des musiciens, pas pour faire danser des salles. Cette rupture avec le grand public est volontaire : c'est une revendication artistique et culturelle. Le bebop est la déclaration d'indépendance du jazz vis-à-vis de l'industrie du divertissement.
Miles Davis est la figure centrale de l'époque qui suit. Il traverse toutes les révolutions du jazz des années 1950 aux années 1980 : le cool jazz, le jazz modal, le jazz fusion. Chaque album de Miles Davis est une redéfinition de ce que peut être le jazz. Kind of Blue en 1959, enregistré en une seule session avec John Coltrane, Bill Evans et Paul Chambers, reste l'album de jazz le plus vendu de l'histoire. Coltrane, de son côté, pousse la recherche harmonique jusqu'à ses limites avec A Love Supreme. Ces deux musiciens, plus que tout autre, ont fait du jazz une musique de prestige intellectuel que les milieux cultivés du monde entier ont adopté comme marque de distinction. C'est aussi pourquoi le jazz événementiel est associé aux contextes de prestige : il porte dans son ADN cette réputation de sophistication construite pendant trois décennies.
En 1958, à Rio de Janeiro, un compositeur nommé Antônio Carlos Jobim et un chanteur-guitariste nommé João Gilberto enregistrent Chega de Saudade. Ce disque inaugure la bossa nova, et produit un résultat que personne n'avait anticipé : il va devenir le style jazz le plus joué dans les événements du monde entier pendant les soixante années suivantes.
La bossa nova prend le jazz américain, l'harmonie de Debussy que Jobim a étudiée, et la samba brésilienne, et produit quelque chose de fondamentalement différent de tout ce qui existait : une musique douce, sophistiquée, mélancolique et légère à la fois. Son tempo est modéré, jamais agressif. Son harmonie est riche mais jamais austère. Sa mélodie est immédiatement mémorable. The Girl from Ipanema, enregistrée en 1962 par Jobim, Gilberto et Astrud Gilberto, est la deuxième chanson la plus enregistrée de l'histoire après les Beatles. Sa légèreté ensoleillée et son élégance naturelle en ont fait le fond sonore universel de tous les cocktails soignés de la planète.
La bossa nova est aussi le premier style jazz véritablement multigénérationnel et interculturel : elle plaît autant à quelqu'un qui n'a jamais écouté de jazz qu'à un amateur confirmé, autant à un public européen qu'à un public américain ou asiatique. C'est cette universalité sans effort qui explique sa domination durable dans l'événementiel. Quand on ne sait pas ce que veulent les invités musicalement, on met de la bossa nova : personne ne l'a jamais regretté.
Une idée fausse circule parfois dans les conversations sur la musique : le jazz serait une musique du passé, figée dans les années 1950-1960, vivant de ses gloires anciennes. C'est inexact sur le plan artistique, et c'est particulièrement inexact en ce qui concerne l'événementiel.
Le jazz contemporain est l'une des musiques les plus dynamiques et les plus créatives du monde actuel. Kamasi Washington a sorti Western Front en 2015 et s'est retrouvé dans les playlists de millions de jeunes auditeurs. Robert Glasper dialogue avec le hip-hop et la soul. Brad Mehldau réinterprète Radiohead et Nick Drake au piano solo avec la même fluidité que les standards de Cole Porter. Esperanza Spalding compose des opéras jazz. Ces artistes ne font pas de la nostalgie : ils font du jazz du XXIe siècle, et ils attirent des publics qui n'auraient jamais poussé la porte d'un club de jazz classique.
En France, la scène jazz est particulièrement vivante. Baptiste Trotignon est salué internationalement comme l'un des plus grands pianistes de jazz actuels. Émile Parisien au saxophone sopranino a révolutionné le son de cet instrument. Le guitariste Sylvain Luc, né à Bayonne, est une figure mondiale du jazz manouche contemporain. Ces musiciens jouent dans les salles de concert du monde entier, mais aussi dans les événements privés, les mariages de prestige et les galas d'entreprise, parce que la demande pour le jazz live de qualité n'a jamais été aussi forte.
C'est finalement la leçon de cent vingt ans d'histoire : le jazz a survécu à toutes les révolutions musicales parce qu'il les a absorbées. Il a survécu au rock dans les années 1950, à la pop dans les années 1960, à l'électronique dans les années 1990. Il survit au streaming aujourd'hui. Et dans les événements, il reste le choix qui dit le mieux qu'on a du goût, qu'on a réfléchi à ce qu'on voulait créer, et qu'on a choisi la qualité. Cette réputation ne s'est pas construite en un soir : elle est le résultat de cent vingt ans d'une musique qui n'a jamais trahi sa promesse.
Qui a inventé le jazz, différence avec le blues, vitalité actuelle, origines new-orléanaises, lien avec la France : les cinq questions les plus posées sur l'histoire de cette musique centenaire.
Le jazz n'a pas été inventé par une seule personne. Il est né d'une confluence de traditions musicales afro-américaines à la Nouvelle-Orléans entre 1890 et 1910. Parmi les pionniers : Buddy Bolden, considéré comme le premier jazzman, Jelly Roll Morton, le premier compositeur de jazz à mettre sa musique sur papier, King Oliver et son protégé Louis Armstrong. C'est cette multiplicité des origines qui explique la richesse et la résistance du jazz à travers le temps.
Le blues est une forme musicale née dans le Mississippi, basée sur une structure harmonique simple (les 12 mesures du blues) et une expressivité vocale directe et brute. Le jazz est né à la Nouvelle-Orléans de la rencontre entre le blues, le ragtime, la musique de fanfare et la musique créole. Le jazz y ajoute l'improvisation collective, une harmonie plus sophistiquée et un dialogue entre les instruments que le blues, plus solitaire par nature, ne possède pas.
Plus que jamais. Le jazz contemporain est une musique dynamique qui dialogue avec toutes les autres musiques : classique, électronique, musiques du monde, hip-hop. Des artistes comme Brad Mehldau, Esperanza Spalding, Kamasi Washington ou Robert Glasper repoussent les frontières du genre. En France, des musiciens comme Baptiste Trotignon, Émile Parisien et Louis Sclavis portent une scène jazz de très haute qualité et reconnue internationalement.
La Nouvelle-Orléans était au début du XXe siècle un creuset musical unique en son genre : communautés afro-américaines, créoles, françaises et espagnoles y coexistaient dans une proximité physique et culturelle sans équivalent aux États-Unis. Cette diversité culturelle, combinée aux traditions africaines du blues et à la culture musicale européenne des fanfares et du ragtime, a créé les conditions du mélange qui a produit le jazz. Nulle part ailleurs ces conditions n'étaient réunies avec la même intensité.
Le jazz manouche est une invention française. Django Reinhardt, guitariste d'origine manouche né en Belgique mais formé à Paris, a créé ce style dans les années 1930 au sein du Quintette du Hot Club de France, avec le violoniste Stéphane Grappelli. La guitare Selmer-Maccaferri, fabriquée à Paris, est l'instrument emblématique de ce style. Le jazz manouche est la seule grande invention du jazz qui ne soit pas américaine, et elle est française.
Chaque style évoqué dans ce guide a sa page dédiée avec les formations recommandées, le répertoire de référence et les conseils pour l'intégrer dans votre événement.